Jacques BIRCKLE
1734 - 7 mars 1803

Reçu Maître, le 30 juillet 1764




Travaillant d'abord comme ouvrier libre dans le faubourg Saint-Antoine, il est reçu à la maîtrise, le 30 juillet 1764. Installé rue Saint-Nicolas, il commença à travailler pour le Garde-Meuble royal en 1785, ce jusqu'à la Révolution ; date à laquelle ses livraisons pour la Couronne cessèrent.

On trouve son estampille sur de très bons ouvrages, principalement en marqueterie. Au vu de sa production, abondante, variée, de belle qualité, adaptée avec aisance à l'évolution des styles, Bircklé apparaît comme un ébéniste consciencieux, ne cherchant nullement le luxe et la préciosité mais davantage l'effet décoratif. Il y excelle grâce à son indéniable talent de marqueteur. 

Dans la plupart de ses meubles, pratiquement dépourvus de bronzes, une constante s'impose en effet : sa prédilection pour des marqueteries aux tons vifs et contrastés, dessinées avec simplicité, sans détails superflus. Faites de bois teintés clairs, elles se détachent le plus souvent sur un fond de placage plus sombre. Leur effet spectaculaire est encore renforcé par les thèmes choisis : vases de fleurs, urnes, draperies, rubans, trophées de la Musique, attributs divers et même paysages ou scènes à l'antique, les uns et les autres habituellement encadrés de filets à grecques.

Il existe enfin un décor très original, presque une "exclusivité" de l'ébéniste, que l'on rencontre pratiquement à l'identique sur des commodes et des secrétaires Transition ou Louis XV : il représente, en trompe l’œil si l'on peut dire, un bureau plat Louis XV sur un dallage noir et blanc. Le tiroir droit du bureau est ouvert et, sur le plateau, sont posés deux vases de fleurs, des livres et divers objets. Une draperie surmonte l'ensemble tel un rideau de scène ouvert pendant le spectacle.

A côté de ces fabrications si caractéristiques, Bircklé a produit d'autres meubles un peu moins typés, mais toujours d'excellente facture, sur lesquels on retrouve des marqueteries de cubes ou d'autres motifs géométriques dans des encadrements.

Parmi sa nombreuse clientèle, on compte la Comtesse de Provence pour qui il livre, à Versailles, en janvier 1787, "2 commodes de 3 pieds 1/2 plaquées en bois de rose, à 4 tiroirs fermant à clef, garnies d'anneaux, chapiteaux, sabots dorés, avec dessus de marbre blanc, à 132 livres chacune", puis, le 10 juin de la même année, Marie-Antoinette pour le service de laquelle il livre à Saint-Cloud "N° 156 - une commode de 4 pieds en bois d'acajou à 5 tiroirs fermant à clef ornée d'une frise à canneaux et fleurons. Sabots et chapiteaux dorés. Dessus de marbre blanc veiné. Une console en demi-cercle de 4 pieds de même bois et analogue à la commode, et à deux marbres blanc veiné. Pour les 2 meubles : 680 L. 4 commodes de 3 pieds 1/2 en bois satiné, à 5 tiroirs fermant à clef, garnies d'anneaux, entrées, sabots et chapiteaux doré, à dessus de marbre des Flandres, à 120 L l'une : 480 L."

Il travailla également pour Madame Élisabeth au Château de Montreuil, le duc d'Orléans et la princesse de Lamballe. En 1788, il travailla pour le dauphin à Meudon.

Après la Révolution, son atelier fut repris par son fils, qui poursuivra son activité jusqu'en 1825.

Bibliographie

"Le Mobilier Français du XVIIIe siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002


"Les Ébénistes Français de Louis XIV à la Révolution"
  Alexandre Pradère
  Paris - 1989



"Les Ébénistes du XVIIIe siècle"
  Comte François de Salverte
  F. De Nobele, Paris - 1962



"L'Art et la Manière des
  Maîtres Ébénistes Français au XVIIIe siècle"
  Jean Nicolay
  Éditions Pygmalion - 1976


Étienne AVRIL
1748 - 24 juin 1791

Maître le 23 novembre 1774


Surnommé Avril l'Aîné, il était établi rue de Charenton, à l'angle de la rue Moreau. Il cédera son atelier, peu avant la Révolution, à son frère cadet Pierre Avril, mais il conservera des magasins qu'il exploitait près de la porte Saint-Antoine. Après sa mort, il faudra trois ventes aux enchères, de plusieurs jours chacune, pour disperser l'important stock de marchandises que ces magasins contenaient.

Au cours de son activité d'ébéniste, il vendait, selon une publicité de l'époque, "quantité de commodes, consoles, bibliothèques, secrétaires et chiffonniers en acajou et bois des Indes, des tables de nuit, etc.". Ce sont ces meubles, ainsi que des vitrines, des bureaux, des petites tables de salon, que l'on retrouve aujourd'hui, assez nombreux, dans le commerce et les ventes publiques. On sait également qu’Étienne Avril reçut des commandes pour l'appartement de la reine Marie-Antoinette au château de Saint-Cloud.

L'acajou et le satiné dominent la production de cet artisan, adepte exclusif, semble-t-il, des lignes rigoureuses et simples et des grandes surfaces unies, propres au style Louis XVI. On trouve aussi, mais beaucoup moins nombreux, des meubles, toujours Louis XVI, en placage de citronnier, d'autres en placage de bois de rose, uni ou à fil contrarié, et même des modèles revêtus de marqueteries géométriques. Les formes sont nettes, légères, bien proportionnées, les bronzes pratiquement inexistants, réduits le plus souvent aux entrées de serrures et parfois à de fines baguettes d'encadrement, soulignant discrètement l'architecture du meuble.

La conception de certains modèles ne manque pas d'originalité, et l'on connaît notamment un curieux secrétaire double pourvu de deux abattants disposés côte à côte. Le meuble le plus curieux et le plus exceptionnel d’Étienne Avril reste cependant une étonnante commode Louis XVI à léger ressaut en placage de sycomore teinté vert et marqueté de bois d'olivier, qui est passée en vente à Paris en 1974.   



  Bibliographie

"Le Mobilier Français du XVIIIème siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002


Jean-Louis PRIEUR
(1732 - 1795)
 
Maître Sculpteur, le 5 novembre 1765
Maître Fondeur, le 13 juillet 1769
 
Jean-Louis Prieur naît à Paris en 1732. Il est issu d'une famille d'artisans spécialisés dans les arts décoratifs.
Il est reçu Maître Sculpteur à l'Académie de Saint-Luc, le 5 novembre 1765, puis Maître Fondeur, "en terre et sable", le 13 juillet 1769, suivant un arrêt du Conseil, du 6 juin 1769.
 
Cousin du célèbre fondeur-ciseleur parisien Jean-Joseph de Saint-Germain, il n'apparaîtrait pas étonnant qu'il fasse ses débuts dans son atelier.
Il est installé Faubourg Saint-Denis, puis à l'Enclos du Temple à l'enseigne des "Armes d'Angleterre" (Davilliers, Aumont, p. XXVII), où il se désigne comme "sculpteur, cizeleur et doreur du Roy" ou "sculpteur, fondeur du Roy".
 
Il contribue à la diffusion de ce nouveau goût "à la grecque", en participant à l'expédition menée sous la protection de Madame Geoffrin et dirigée par l'architecte Victor Louis, à la cour polonaise, pour la rénovation du château de Varsovie, en 1766, sous le règne de Stanislas-Auguste Poniatowski.
 
En 1772, il œuvre pour les bronzes du chœur de la Cathédrale de Chartres et, en 1775, pour ceux du carrosse du sacre de Louis XVI.


 Gravure du Carrosse du sacre de Louis XVI
Château de Versailles
  

Cette même année, il travaille pour les petits appartements du Prince de Condé au Palais Bourbon. Il propose, à cette occasion, un projet de cheminée qui, en raison de son apparence, a longtemps été considéré comme celui d'une simple console et qui a pu être, aujourd'hui, identifié par rapprochement.

Modèle de cheminée décorée en console
Paris, vers 1771-1772
Musée des Arts Décoratifs - Paris

 
On la voit, sur ce projet, "figurée par une table de marbre blanc, soutenue par des pieds de bronze doré d'or moulu. Les chenets y sont liés avec ces supports, de manière qu'elle sert effectivement de table en été par le moyen du panneau du fond qu'on y ajoute".
 
En 1776, il livre des girandoles à décor de roses pour le boudoir turc du Comte d'Artois à Versailles.
 
Parmi ses nombreux autres projets, retenons celui d'une console reposant sur quatre montants "en gaine" sculptés de bustes de femme et réunis par une entretoise ornée d'une aigle bicéphale

 
 Projet de console
vers 1775
Musée des Arts Décoratifs - Paris
 

ou bien celui d'un piédestal à décor de vase enflammé et de cornes d'abondance, qui pourrait être rapproché de celui exécuté, quelques années auparavant, pour le roi de Pologne.

 Modèle de piédestal
vers 1770
Musée des Arts Décoratifs - Paris
 

On notera, aussi, celui d'un surtout de table représentant une coupe flanquée de deux sphinges canéphores supportant un panier de fruits.



 Modèle de surtout de table
vers 1770
Musée des Arts Décoratifs - Paris
 

On remarque donc, chez Prieur, un véritable talent de dessinateur qui, au travers de la richesse et de la variété de son œuvre, réside dans sa capacité à renouveler sans cesse ses formes en suivant l'évolution du néoclassicisme.
Malgré le succès de ses productions, il fait faillite, en 1778, et se réfugie alors sous la protection du Comte d'Artois, frère du Roi, afin d'échapper à ses créanciers et à la juridiction royale. Surmontant ces difficultés, il parvient aussi à poursuivre une activité d'ornemaniste.

A partir de cette période, il fait graver ses dessins, en vue de les publier et son répertoire ornemental évolue, avec une prédilection pour des motifs et des décors d'inspiration antique (arabesques, figures chimériques...). Certaines de ses compositions sont destinées à être peintes sur des panneaux ou des toiles de grand format, comme celles que l'on peut voir au Musée des Arts Décoratifs de Paris.
 
Prieur peut être considéré à juste titre comme l'un des pères du dessin professionnel : dès 1770, il prit le soin de déposer les dessins de ses modèles au bureau des dessins ouvert par sa propre corporation, le 21 avril 1766, et dont l'archivage des projets permettait d'éviter les contrefaçons, tout en sanctionnant ceux qui exploitaient les modèles d'autrui (ce qui donnait lieu à des procès au sein de la corporation). Ce dépôt fut, malheureusement, détruit, lors de l'incendie de l'Hôtel de Ville, en 1871, pendant l'Insurrection de la Commune.
 
Prieur meurt à Paris, en 1795.



Jean-Louis PRIEUR
(1732 - 1795)

Master carver, 5th November 1765
Master Founder, 13th July 1769

Jean-Louis Prieur was born in Paris in 1732, from a crafstmen family specialized in decorative arts. He became a Master Carver at the Saint-Luc Academy, the 5th November 1765 and then Master Founder 'en terre et sable', the 13th November 1769.

Cousin of the famous parisian carver-founder Jean-Joseph de Saint-Germain, it may be possible that he began his activity in his workshop. He settled Faubourg Saint-Denis and then at the Enclos du Temple, under the name 'Armes d'Angleterre', where he called himself 'sculptor, carver and gilter of the King'.
He contributed to spread the new Greek style taste, being a part, in 1766, of the expedition to the Polish Court, for the renovation of the Warsaw Castle, under the direction of the architect Victor Louis.

In 1772, he worked on the bronzes of the Chartes cathedral's choir and in 1775 on those of the carriage of Louis XVI's coronation.
The same year, he worked in the apartments of the Prince de Condé at Palais Bourbon. For the occasion he offered a new draft of fireplace, which had been considered as a console for a long time but has now been identified.

In 1776, he delivered candelabra decorated with roses for the boudoir of Comte d'Artois in Versailles.

Among his numerous drafts, some have caught our attention : a console, on four square tapering supports headed by women busts and joined by a bicephalous eagle carved stretcher; a pedestal adorned with burning vases and cornucopie, which could be compared with the one done, a few years before, for the King of Poland, or a center-piece of table depicting a bowl flanked by two sphinges hloding a basket of fruits.

We can therefore notice that Prieur had a real talent for drawing, which lied in his capacity to adapt his shapes and renew his works to follow the evolution of neoclassicism style.

In spite of his success, Prieur went bankrupt in 1778 and took refuge unde Comte d'Artois' protection in order to escape from his creditors and the royal jurisdiction. He managed to overcome those troubles and kept up by becoming an ornamental designer.

From that time, he had made his drawings engraved in order to publish them, and his ornamental vocabulary evolved with a special predilection for antique taste decoration. Some of his works were supposed to be painted on large panels or canvas, like the ones of the Musée des Arts Décoratifs in Paris.

Prieur can rightly be considered as the godfather of the professionnal drawing : from 1770, he had filed his drawings and models to the 'Drawing Desk' that his own corporation opened, the 21st April 1766. To archive drafts enabled to avoid counterfeits and to punish the ones who had exploited the other's models.

The desk was unfortunatelly ruined in the fire of the town hall in 1871.

Prieur died in Paris in 1795. 
 
  
Les Sené



Claude I SENE
1724 - 24 Juillet 1792

Reçu Maître, le 20 juillet 1743
 

Fils de Jean Sené, il s'associe avec son beau-frère, Jean-Etienne Saint-Georges, qui vient de reprendre, en 1747, l'atelier de son père rue de Cléry, à l'enseigne du "Grand Saint-Georges". Toutefois, les deux hommes travaillent individuellement et signent chacun leurs propres œuvres.

Claude I Sené a estampillé de très bons sièges Louis XV à la reine, de formes amples et élégantes, fréquemment montés à châssis, ainsi que des sièges en cabriolet. Selon quelques auteurs, Claude Sené, au début de sa carrière, aurait confié la sculpture de certains de ses sièges à Nicolas Heurtaut qui travaillait également rue de Cléry.

Les sièges Louis XVI de Claude I sont rarissimes si l'on excepte un important canapé à confidents présenté à l'exposition des Grands Ebénistes et Menuisiers, au musée des Arts décoratifs en 1955-1956 (n° 293).

Cette rareté des modèles néoclassiques chez un menuisier ayant travaillé jusqu'en 1780 semble peu crédible. Compte tenu des fréquentes imprécisions constatées dans les catalogues de vente à propos des estampilles, on peut se demander s'il n'est pas l'auteur de certains de ces sièges Louis XVI systématiquement attribués à son second fils, Claude II.



 Claude II SENE
(dit le Jeune)

Reçu Maître, le 31 juillet 1769


Fils cadet de Claude I Sené et frère du célèbre Jean-Baptiste Claude, il travaille rue du faubourg Saint-Denis mais doit déposer son bilan en 1783. Un an plus tard, il reprend son activité et installe son atelier rue de Cléry, à proximité de celui de son frère. Il aurait reçu quelques commandes du Garde-Meuble de la Couronne, mais il semble avoir surtout travaillé pour une clientèle privée. Sa production cessera avec la Révolution, mais on ignore la date de sa mort. Il a laissé d'excellents sièges Louis XVI, élégants, bien dessinés, très délicatement sculptés. Ses modèles, notamment des fauteuils à dossier écusson, rappellent souvent ceux de son frère aîné, mais n'étant pas destinés à la cour, ils sont décorés avec plus de simplicité. 

Il a produit aussi quelques sièges en acajou et des fauteuils de bureau pivotants, à pieds en console, dans le genre de ceux de Georges Jacob. On ne connaît pas d'ouvrages Louis XV de Claude II Sené, ce qu'explique aisément la date de son accession à la maîtrise. En revanche, il est possible que des ouvrages néoclassiques mentionnés sous son nom aient été réalisés par son père, lequel travailla jusqu'en 1780. Leurs estampilles paraissent avoir prêté à confusion bien qu'elles soient différentes. Celle de Claude II est rédigée avec un C et un N normalement tracés et en caractères plus petits que celle de Claude I.



 Jean SENE
(dit le Père)



 Né à la fin du XVIIe siècle, ce menuisier, le premier d'une lignée célèbre, travaille rue de Cléry après avoir obtenu la maîtrise à une date que l'on ignore. Il n'utilise une estampille "Sené le père", sur deux lignes, qu'à partir du moment où les nouveaux statuts, promulgués en 1743 et enregistrés en 1751, la rendent obligatoire. Sans doute a-t-il cessé son activité peu après car on ne connaît qu'un très petit nombre d’œuvres signées. Il s'agit de sièges de style Louis XV, voire encore Régence, de très bonne fabrication, certains richement sculptés. Citons deux grands fauteuils à la reine, ornés de grenades, de rinceaux et de feuillages, vendus à Paris le 4 juin 1958 (n° 232) avec la collection Y. Chasseriau. Jean Sené a produit également des sièges cannés, dont une grande chaise longue, d'esprit très Régence, passée en vente à Paris le 30 novembre 1947.


 Jean-Baptiste Claude SENE
24 octobre 1747 - 10 février 1803

Reçu Maître, le 10 mai 1769



L'originalité et l'exceptionnelle qualité de son œuvre font de ce menuisier le grand maître du siège français du temps de Louis XVI, au même titre que Georges Jacob, qu'il égale et parfois surpasse.
Fils aîné de Claude I Sené, il est, sans conteste, le plus célèbre de cette lignée de menuisiers parisiens. Etabli rue de Cléry, à l'enseigne du "Gros Chapelet", il acquiert rapidement une grande notoriété. La première partie de sa carrière se déroule au service d'une clientèle privée à laquelle il fournit des sièges Louis XVI aux lignes pures, très soignés, très raffinés, parfaitement proportionnés, mais classiques.

A partir de 1785, il devient, avec Jean-Baptiste Boulard, qu'il va progressivement supplanter, fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne. C'est le début d'une production de très haut niveau. Elle est destinée au Roi et à la Reine pour leurs châteaux de Saint-Cloud, Versailles, Compiègne, Fontainebleau, à divers membres de la famille royale, dont Madame Elisabeth à Montreuil et Madame Louise à Saint-Denis, au comte de Provence, au prince de Condé, au duc de Penthièvre, et. Certaines commandes sont si importantes qu'elles sont partagées entre Sené et Boulard.

Il est juste de préciser que, dans la majorité des cas, les ouvrages que signe Jean- Baptiste Sené sont, en réalité, le résultat d'un travail collectif. Selon l'organisation adoptée à cette époque, la commande est passée par le sculpteur Jean Hauré, "chargé de la direction des travaux en ébénisterie, sculpture et dorure pour le service du Garde-Meuble". C'est lui qui fournit les instructions, les dessins, les maquettes. Sené réalise et prépare les bâtis que décorent les sculpteurs Alexandre Régnier, Pierre Laurent, Nicolas Vallois ou Guérin, voire Hauré lui-même. Peinture ou dorure sont confiées à Chatard. Mais, en réalité le rôle du menuisier, qui fait office de maître d'ouvrage reste primordial. C'est de lui que dépendent l'équilibre et l'harmonie des proportions, la bonne répartition des motifs sculptés, bref, la réussite du siège.

L'oeuvre de Jean-Baptiste Sené ne comporte que des sièges Louis XVI, si l'on excepte de très rares exemplaires Transition, dont la copie, en 1791, d'un somptueux fauteuil à la reine d'origine inconnue, extrait des magasins du Garde-Meuble. Les deux sièges, l'original et la copie de Sené, étaient destinés à Madame Elisabeth au château de Fontainebleau mais ne lui parvinrent jamais en raison de la Révolution. Ils s'y trouvent aujourd'hui.

Lorsque Sené commence à travailler pour la Cour, en 1785, les ordres précis qu'il reçoit du Garde-Meuble imposent, sans aucun doute, une limite à ses aspirations personnelles. Pourtant, ses sièges royaux ou princiers présentent des caractéristiques qui permettent souvent de les identifier et de les différencier de ceux de Georges Jacob. Les œuvres de l'un comme de l'autre illustrent parfaitement ce que l'on peut appeler "le style royal" : ampleur des formes, proportions majestueuses, ornementation abondante, exécution irréprochable. Notons toutefois chez Sené une tendance à des formes plus légères, à des attaches plus fines, à des décors plus sobres, à un style plus racé.

Côté détails, il faut davantage parler de préférences que de constantes ou d'exclusivités. Préférence pour des colonnettes cannelées détachées encadrant le dossier, pour un chapiteau ionique ou encore une couronne de feuillages formant un renflement au sommet des pieds, pour des cannelures torses, pour un ornement en forme de petite flamme surgissant d'une volute au raccord de l'accotoir et du dossier, pour certains dossiers en forme d'écusson.
D'autres sièges, n'offrant pas de caractères aussi nets, ont parfois été confondus avec ceux de Jacob. Il est certain que Sené a subi l'influence de ce dernier (son aîné de neuf ans), notamment dans ses sièges en acajou à dossier ajouré, et l'on sait que, sur commande, il lui est même arrivé d'en copier certains modèles.

Durant sept ans, de 1785 à 1791, les archives du Garde-Meuble détaillent les très nombreuses livraisons effectuées par Sené pour les maisons royales. Il s'agit aussi bien d'ouvrages courants pour les appartements de service que de mobiliers de luxe. En ce domaine, il apparaît que les commandes les plus considérables que Sené a reçues concernent le château de Saint Cloud, acheté pour la Reine en 1785. Presque toutes ces commandes ont été livrées au cours de l'année 1788.

Des commandes sont également passées à Jean-Baptiste Sené pour de hauts personnages du royaume. En 1786, il livre un canapé et douze grands fauteuils à la reine, à dossier en anse de panier, pour le salon du contrôleur général des Finances à Versailles. Toujours en 1786, vingt-huit fauteuils à haut dossier rectangulaire sont exécutés "pour le service de l'Académie française au Louvre".  Le 19 mars 1787, vingt-quatre chaises à dossier lyre, en acajou mouluré, sont livrées à Versailles pour le salon de la princesse de Lamballe.

Il resterait encore à identifier les destinataires d'un certain nombre d'importants ensembles appartenant à des musées ou à des collectionneurs privés. Citons notamment le canapé, les huit fauteuils et les deux bergères à dossier écusson surmonté d'une couronne de roses, pieds à cannelures torses (musée Nissim-de-Camondo), ayant appartenu au baron de Charette ; les quatre fauteuils pratiquement identiques, mais non estampillés, provenant de la collection du duc d'Harcourt, vendus à Paris le 15 novembre 1983 (coll. A. Tannouri) ; le canapé et les huit fauteuils à dossier droit, recouverts de tapisserie d'Aubusson (Monaco, 26 juin 1979 ; coll. A. Ojjeh) ; le canapé et les dix fauteuils à dossier médaillon portant la marque du château d'Eu ; le canapé et dix fauteuils à dossier en anse de panier de l'ancienne collection Chappey dispersée en mai 1907 ; les quatre fauteuils et les quatre chaises à dossier cabriolet, avec un petit canapé et quatre chauffeuses à dossier à crosse (les seules estampillées), colonnettes détachées et pieds fuselés (Monaco, 15 juin 1981) ; enfin, les quatre chaises à dossier en anse de panier, similaires à celles de la salle à manger de Madame Elisabeth à Montreuil, mais livrées pour le Garde-Meuble de la Couronne au château de Versailles, et estampillées, trois de Sené, une de Boulard (Drouot, 29 octobre 1997).

Durant la Révolution, Sené fournit aussi des ouvrages pour différents membres des gouvernements successifs. On connaît, en particulier, des chaises Directoire en acajou, simples mais de fabrication soignée, sans doute destinées à une assemblée de représentants, dont le dossier, ajouré en gerbe, porte le nom d'un département ou d'une ville. Citons encore une série de grands fauteuils en acajou aux pieds antérieurs constitués de griffons ailés, dossier ajouré en grille, les uns signés de Sené, les autres de Georges Jacob, enfin, quelques meubles réalisés vers 1800.  Ces diverses et ultimes fabrications ne s'inscrivent qu'en marge d'une production de haute qualité qui, principalement consacrée à l'ameublement des demeures royales, a souffert plus que toute autre des dispersions de la période révolutionnaire, et dont une grande partie reste à découvrir.


Bibliographie


"Le Mobilier Français du XVIIIè Siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Editions de l'Amateur - 2002


Antoine-Nicolas MARTINIERE
 Paris 1706 - 2 septembre 1784

Maître le 3 juillet 1720


Antoine-Nicolas Martinière est né à Paris en 1706.
Il est le fils de Nicolas Martinière (mort avant 1736), Maître Émailleur et Patenôtrier et de Marie Dumergue.
Il se marie, en 1736, avec Geneviève Larsé, fille de François Larsé, Maître Horloger, qui lui donne un fils, Jacques-Nicolas, né en 1738.
Il fut reçu Maître, le 3 juillet 1720, et enregistré comme Marchand verrier-fayancier-émailleur-patenôtrier.
En 1741, il reçut le titre d’Émailleur et Pensionnaire du Roi.
Il fut nommé Juré de sa guilde, de 1744 à 1746.
Il réside successivement rue Neuve Nôtre Dame (1736), rue des Ursins (1738), rue Dauphine (1740) et rue des Cinq Diamants (de 1741 à sa mort).

Antoine-Nicolas Martinière appartient à une dynastie de Maîtres Émailleurs qui ne se limite pas à la seule génération fondatrice de son père, Nicolas Martinière, mais s'étend aussi à deux de ses frères, Jacques-Nicolas et Charles-André Martinière, ainsi qu'à trois de ses cousins, Jacques-Nicolas, Jean et Jacques-Antoine Boullé.

Antoine-Nicolas Martinière restera le Maître Émailleur le plus talentueux et le plus célèbre de sa génération. C'est lui, qui, entre 1741 et 1742, à l'âge de 36 ans, réalisa pour le Roi le célèbre "Almanac perpétuel et toujours nouveau" conservé dans la Wallace Collection à Londres, ainsi qu'en 1747, la fameuse illustration sur émail de la bataille de Fontenoy, conservée au Musée National du Château de Versailles.

Il est également l'auteur de la décoration de plusieurs montres.
Il fut le fournisseur des meilleurs horlogers de son temps, notamment Julien Le Roy dès 1731, Melchior Bonnaventure Balthazar, Louis Jouard, Jean-Baptiste Baillon à partir de 1740, mais aussi Étienne Le Noir, Gilles l'Ainé, Joachim Bailly, Jean Moisy, Lange de Bourbon (fabricant de baromètres) et bien d'autres, tant en province qu'en Suisse pour la maison Funck à Bern.
En 1775, le supplément des Tablettes de la Renommée le signale comme étant encore en activité.
Il meurt, à Paris, le 2 septembre 1784.


Bibliographie


"European Clocks in the J. Paul Getty Museum"
  The J. Paul Getty Museum, Los Angeles - 1996
  Pages 190 et 191




Jean-Charles DELAFOSSE

1734 - 1789



Jean-Charles Delafosse fut avant tout un architecte qui sut déployer toute son originalité dans l'ornement. Né à Paris en 1734 et fils d'un marchand de vin établi rue du Roi de Sicile, il amorça sa carrière comme apprenti chez le sculpteur Jean-Baptiste Poulet, directeur garde à l'Académie de Saint-Luc, voie qu'il semble avoir abandonnée rapidement. En 1767, Delafosse se donnait lui-même le titre d'architecte et professeur pour le dessein, puis en 1775, celui d'adjoint à professeur de géométrie et perspective à l'Académie de Saint-Luc. A la même époque, il déménagea de la rue Poissonnière et gagna la rue Neuve Saint-Martin. Delafosse devint membre de l'Académie de Bordeaux en 1781, à la suite d'envois remarqués au Salon de cette ville.

Le premier dessin connu de notre ornemaniste date de 1763. Il s'agit d'un Projet de piédestal pour le Roy, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, à Paris. Passionné d'urbanisme, il publia en 1766 un Mémoire pour une Boucherie et Tuerie générale servant à la consommation de la ville de Paris, laquelle Tuerie serait placée dans l'isle des Cygnes.

En 1758, Delafosse publia cent huit planches qu'il grava lui-même et rassembla en dix cahiers au sein d'un Recueil intitulé Nouvelle iconologie historique ou attributs hiéroglyphiques, qui ont pour objet les quatre éléments, les quatre parties du monde, les quatre saisons et les différentes complexion de l'homme, dédiée aux artistes par Ch. Delafosse, architecte, décorateur et professeur de dessins, Paris 1768.

Toutes les planches étaient déjà prêtes et imprimées en juillet 1767, mais "les explications" encore manquantes. Vendu 48 livres, le Recueil comprenait au départ des séries de trophées caractérisés par un style néoclassique sévère. Delafosse n'eut dès lors de cesse de compléter son œuvre en y incluant des cahiers supplémentaires qui lui permirent de s'exprimer dans tous les domaines du décor intérieur et des arts décoratifs. Il multiplia les modèles de meubles, de sièges, de luminaires, de vases et d'objets de toutes sortes qui, s'ils ne furent pas directement et fidèlement copiés par les artistes et artisans au même titre que le furent par exemple de nombreux meubles et objets dessinés par Lalonde, inspirèrent cependant considérablement la production de ces derniers.
Preuve de son succès, Delafosse réédita son premier Recueil en 1771, avec le même titre, mais avec dix-huit cahiers au lieu de dix, comportant chacun six planches, et une nouvelle classification: 1: cheminées; 2: bordures; 3: autres bordures en médaillons; 4: portes; 5: trophées des arts; 6: vases en hauteur; 7: vases en travers et cartouches; 8: médaillons ronds; 9: cartels et écussons; 10: consoles; 11: tables grecques et pieds de biche; 12: fontaines; 13: tombeaux; 14: monuments divers; 15: pendules; 16: piédestaux et socles; 17: dessus de portes et deux pendules; 18: deux fontaines, un monument, un cartouche, deux trophées. Ses éditeurs étaient Daumont, rue Saint-Martin et, dans une moindre mesure, Chereau, rue des Mathurins.

Entre 1773 et 1785, il publia, en sus de pièces indépendantes et d'un recueil des Ordres d'architecture, deux autres recueils principaux. Le premier, intitulé Vingt-quatre différents cahiers de décoration, sculptures, orfèvreries et ornements divers qui complètent l’œuvre de J.Ch. Delafosse et font suite à son Iconologie Historique, comprend également des œuvres d'autres ornemanistes, tels que Puisieux et Le Canu.

Le second porte essentiellement sur l'ameublement, riche de 134 planches, dont certaines révèlent là aussi une collaboration avec d'autres artistes, rassemblant au total plus de 200 modèles.

La plus grande vertu de Delafosse fut son imagination qui le conduisit même à donner des noms de pure fantaisie à ses créations, parlant de "paphose en gondole", de "convalescente" ou d' "obligeante" pour désigner une bergère, ou encore de "veilleuse à la turque". Delafosse fut l'un des principaux initiateurs de ce goût grec qui fit fureur à Paris dans les années 1765. Il influença nombre d'ornemanistes de la période Louis XVI, tels que Mathieu Liard, Boucher fils, Jean-François Forty, Lalonde, Prieur ou Aubert Parent.

Dans son Journal, Guienne, qui le connaissait bien, écrivait en 1787: "Son imagination en architecture pourrait être comparée à celle de Milton en poésie, il est plus Peintre qu'Architecte". Delafosse s'éteignit à Paris en 1789.






Jean-Charles DELAFOSSE

(1734 - 1789)


Jean-Charles Delafosse was, before anything else, an architect who exerted his originality in ornamentation.
He was born in Paris in 1734. Son of a wine dealer set up rue du Roi de Sicile, he began his carreer as an apprentice by the sculptor and director of Saint-Luc Academy, Jean-Baptiste Poulet. In 1767, Delafosse called him himself Architect and Professor for drawing and in 1775, Professor Deputy for geometry and perspective, in Saint-Luc Academy. At the same time, he moved from rue Poissonnière to rue Neuve Saint-Martin.
In 1781, after some notices sending to the Salon of Bordeaux, he became a member of Bordeaux Academy.

The first known drawing of Jean-Charles Delafosse dates back from 1763 and was about a project of pedestal for the King, now conserved at the École Nationale Supérieure des Beaux-Arts' library, in Paris. Passionate about urbanism, he published in 1766 his Mémoire pour une Boucherie et Tuerie générale servant à la consommation de la ville de Paris, laquelle Tuerie serait placée dans l'isle des Cygnes (Essay for a general butcher's and slaughter used for the city of Paris's consuption, which one slaughter would be placed in the isle des Cygnes).

In 1758 Delafosse published a hundred and eight plates that he himself engraved and gathered in ten books within a collection entitled Nouvelle iconologie historique ou attributs hiéroglyphiques, qui ont pour objet les quatre éléments, les quatre parties du monde, les quatre saisons et les différentes complexion de l'homme, dédiée aux artistes par Ch. Delafosse, architecte, décorateur et professeur de dessins, Paris 1768 (New historical iconology or hieroglyphic attributes, which are about the four elements, the four parts of the world, the four seasons and the different complexion of Humans, dedicated to artists from Jean-Charles Delafosse, architect, decorator and drawing professor, Paris 1768).
In July 1767, all the plates where already prepared and printed but the explanation were missing. Sold 48 pounds, the collection was composed, at the beginning, of very strict neoclassical style series of trophies.

Delafosse never stopped completing his work by additional books in different fields, from interior design to decorative arts. He increased models of pieces of furniture, seats, lightings, vases and works of art, which substantially inspired a lot of artists and craftsmen.
As a proof of his success, Delafosse republished his first Collection in 1771 with the same title but with eighteen books instead of ten, each one composed of six plates and a new classification: 1: chimneys; 2: edges; 3: other edges and medallions; 4: doors; 5: art trophies; 6: high vases; 7: side vases and cartouches; 8: round medallions; 9: cartels and escutcheons; 10: console tables; 11: Greek tables and crowbars; 12: fountains; 13: tombstones; 14: diverse monuments; 15: clooks; 16: piedestal and bases; 17: top of doors and two clocks; 18: two fountains, one monument, one cartouche, two trophies.
Between 1773 and 1785, Delafosse published independent publications and a Collection of Architecture Orders but above all two main collections: the first one entitled Vingt-quatre différents cahiers de décoration, sculptures, orfèvreries et ornements divers qui complètent l’œuvre de J.Ch. Delafosse et font suite à son Iconologie Historique (Twenty-four different plates of decoration, sculptures, goldsmitheries and diverse ornaments that complete J.Ch. Delafosse's work and follow his Historical Iconology), was as well composed of other ornemanists' works such as Puisieux or Le Canu.

The second one, of 134 plates and more than 200 models, mainly deals with Furniture. Some plates reveal a collaboration with other artists.

The most important virtue of Delafosse was his imagination, which even led him to invent fantasist words to his creations.
Delafosse was one of the main originators of the Greek taste which was all the rage in Paris in the 1765's. He even influenced many ornemanists from Louis XVI period such as Mathieu Liard, Boucher fils, Jean-François Forty, Lalonde, Prieur or Aubert Parent.

In 1797, Guienne, who knew well Delafosse, wrote in his journal : "His imagination in architecture could be compared to the one of Milton in poetry, he is more a painter than an architect".
Delafosse died in Paris in 1789.



  Notice Bibliographique

"Vergoldete Bronzen"
  Hans Ottomeyer et Peter Pröschel
  Klinkhardt & Biermann
  München - 1986
"Early Neo-Classicism in France"
  Sven Eriksen
  Page 170
  London - 1974 

"Connaissance des Arts" 
  N° 35 - 15 janvier 1955
  Pages 26 à 31

"Gazette des Beaux-Arts" 1929
  L'Ornemaniste Jean-Charles Delafosse
  Geneviève Levallet Haug
  Pages 158 à 169

Les Fleury

Adrien FLEURY

1721 - 1774



Cet ébéniste a travaillé successivement rue Traversière, rue de Charonne puis rue Saint-Hyacinthe, dans le faubourg Saint-Germain, avant de déposer son bilan en 1767. L'inventaire dressé à cette occasion mentionne des ouvrages en marqueterie et en vernis dans le goût chinois, mais les meubles, peu nombreux, que l'on rencontre aujourd'hui frappés de son estampille sont, pour la plupart, revêtus de placages unis. Il s'agit d'ailleurs presque uniquement de commodes caractéristiques des débuts du style Louis XV, quand elles ne conservent pas la forme "en tombeau" de la Régence.


François FLEURY


Cet ébéniste est mentionné jusqu'au début du règne de Louis XVI rue Traversière, où il aurait repris le premier atelier de son frère Adrien. On ne lui connait pas d'estampille  mais les initiales "F.F." lui sont parfois attribuées. Cette marque apparaît sur quelques bons meubles Louis XV, dont une commode galbée à face en arbalète et trois rangs de tiroirs, placage de bois de violette, riche décor de bronzes, 86 x 114 cm, vendue à l'hôtel Drouot le 12 juin 1987.


Bibliographie


"Le Mobilier Français du XVIIIe Siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002
Jean HOLTHAUSEN 

Reçu Maître le 17 août 1764


Ébéniste d'origine allemande reçu Maître le 17 août 1764, il exerce rue Traversière jusqu'en 1774, date à laquelle on perd sa trace.

En raison d'une carrière trop courte, sa production reste assez méconnue. Peu de meubles portant son estampille sont, en effet, répertoriés. De conception encore Régence, tantôt Louis XV ou Transition, très rarement Louis XVI, ils sont, pour la plupart, revêtus de placage de bois de rose dans des encadrements de bois plus sombres tels que le bois de violette ou l'amarante.   

Jean Holthausen pratique aussi les marqueteries de cubes, de vases de fleurs et d'attributs, voire, les laques d'Extrême-Orient. C'est ainsi qu'on a relevé son estampille sur de très beaux meubles, à l'instar de cette commode d'époque Louis XV revêtue de laque de Chine à décor de paysages animés de personnages 


 Doc. Galerie Segoura - Paris

ou de ce secrétaire à pans coupés d'époque Louis XVI orné de grands panneaux en laque de Coromandel représentant une scène de palais.


Vente Paris 4 avril 2001


Dans le même registre, une très belle commode à deux tiroirs sans traverse, s'est vendue au Palais d'Orsay, le 30 mars 1979.

Le Comte François de Salverte fait état d'une très belle petite table conservée dans la collection Massey-Mainwaring à Londres, ainsi que d'une très gracieuse commode décorée de vases et d'attributs, qui figurait dans une vente à la galerie Georges Petit, le 5 décembre 1924. Il mentionne la présence, dans la collection Lucien Kraemer, d'un bureau à gradin plaqué en point de Hongrie qu'il qualifie d'ouvrage remarquable.

 

Musées

Paris, Carnavalet

Bureau plat Louis XVI en placage de bois de rose, encadrements à filets, pieds gaines (legs Bouvier)


Londres, Waddesdon Manor
Petite table Transition ronde marquetée de cubes, trois pieds galbés à tablette d’entrejambe.



  Bibliographie


"Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002


"Meubles et Sièges du XVIIIe siècle"
  André Theunissen
  Éditions "Le Document" Paris - 1934



"Les ébénistes du XVIIIème siècle"
  Comte François de Salverte
  F. De Nobele, Paris - 1962

"Le Mobilier du Musée Carnavalet"
  Anne Forray-Carlier
  Éditions Faton, Dijon - 2000

"Le Meuble d'Ebénisterie"
  Guillaume Janneau
  Vincent, Fréal & Cie, Paris - 1970
 
"The James A. de Rothschild Collection at Waddesdon Manor"
  Furniture Clocks and Gilt Bronzes
  Tome I  

  Geoffrey de Bellaigue
  Office du Livre - 1974